Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du vendredi 18 mai 1917
Sertier Lucien
Lyon, samedi 19 mai 1917
Samedi matin 10h

Bien chère Alice,

Je viens d’avoir la visite de mon beau-frère Pierre qui est libéré. Hier je suis allé dîner chez les cousines. Elles venaient de recevoir le panier et étaient bien contentes. Elles m’ont dit qu’il ne fallait plus rien leur envoyer car ça nous revenait trop cher. Je leur ai répondu qu’il ne fallait pas changer de fournisseur en ce moment, même si elles étaient mal servies : c’était la guerre, il ne fallait pas faire les difficiles ! Nous avons ri, comme tu penses bien. Pendant que j’y étais, j’ai reçu une lettre de M. Néant : 4 pages très aimables. Emile a écrit aux cousines pour les remercier de leurs dix francs. Jeudi il y a eu remise de décoration à trois camarades de la salle : les infirmiers nous ont un peu gâté à cette occasion. Il y a eu aux deux repas : fraises, cerises, gâteaux et pâtisseries diverses. Vin blanc, champagne, café, rhum et cigares. La bombe, quoi !
Demain je retournerai dîner chez les cousines et j’irai chez Couture si je peux.
Rien de nouveau pour moi. Je sors toujours vendredi. Mes dents ne sont pas finies d’arranger, ce sera pour lundi tantôt : mon bras est à peu près guéri.

1h du soir
Je viens de recevoir ta lettre d’hier. Merci beaucoup de bien m’écrire. J’ai appris avec beaucoup de peine que le papa n’allait pas mieux et ne pourrait pas marcher. Je regrette de ne pouvoir aller plus tôt vous aider mais les convalescences ne sont pas des permissions. Cela fait partie d’une ordonnance du docteur comme si c’était un remède et je ne peux rien ni pour l’avancer, ni pour la reculer. A tout prendre, mieux vaut encore que je sois bien guéri quand j’irai afin de pouvoir me rendre utile tout de suite. En attendant il ne faut pas oublier que nous sommes en guerre et il faut en prendre son parti. Que le papa guérisse complètement d’abord. S’il veut marcher trop tôt, il trainera des mois entiers avant de se remettre à l’ouvrage. Dites-le lui bien tous. Les foins attendront quelques jours, s’il le faut. C’est un sacrifice à faire. Avant tout, il faut que le papa guérisse. Mieux vaut qu’il y ait du foin perdu que sa jambe. Une année nous n’avons fini de faner que pour le 14 juillet. Et bien tant pis, on ne finira pas avant, s’il le faut, mais que le papa prenne le repos nécessaire.
Ne m’envoie pas de cerises. Les dames infirmières nous en apportent chaque jour. Que Titi en profite bien !
T’ai-je dit que j’ai reçu une lettre de Cahuzac ? Je te l’enverrai. Je travaille toujours au fameux sac.
Au revoir, chère Alice, embrasse bien tout le monde à la maison pour moi en attendant le plaisir de vous tous retrouver en bonne santé.
Lucien
Note
Date incertaine
Lettre du mardi 5 juin 1917


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