Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du vendredi 27 septembre 1918
INDEFINI, vendredi 27 septembre 1918
Orléans

Vendredi soir 7 heures ½

Bien chère Alice,

Je viens de recevoir à l’heure de la soupe ta lettre 40 de mercredi et je m’empresse de te répondre. Bonneton est parti ce matin pour Lyon je suis donc bien tranquille dans ma chambre. Le cours qui me précède a eu des examens aujourd’hui. Ceux qui ont réussi ont eu de suite une permission de 48h et sont partis sur le champ. S’il en est de même pour notre cours et si je réussi, je serai donc à Lyon samedi matin 12 octobre à 7h. Je viens d’écrire à Boiron pour mon vélo. Je ne sais si on l’a envoyé ailleurs ou s’il est malade. Je le connais depuis que je suis à Lyon et je le prends pour un homme sérieux. Si tu vas à Lyon chez Mme Teil, fais un saut à Perrache et demande à lui parler, c’est un homme de taille moyenne à l’œil vif. Le vélo n’est pas à Perrache il est chez lui, rue de Buire où il a un atelier. Si tu vas à Lyon, porte ma pompe à vélo chez les C. ou mets-la dans le panier du samedi. Bien entendu que si je m’en vais, j’aurai réussi. Mais je ne serai pas encore nommé. Les galons d’or ne t’éblouiront pas.
En prévision de cette permission, n’envoie pas de paquet. J’aimerais bien mieux m’en aller pour la Toussaint mais je crains que pour les fêtes on ne donne pas de permission par rapport aux trains surchargés. Les samedis, par exemple, on ne donne pas de perm pour Paris. Il faut y aller un autre jour. Or il faut que je passe par Paris à l’aller et au retour. C’est la voie la plus rapide, sinon la plus courte.
Les élèves officiers cours supérieur (n°5) ont subi hier leur dernier examen. Il n’y a eu que 6 recalés sur une cinquantaine d’élèves. C’est la 3ème sélection. Il y aura encore des échecs à Montereau. La moitié seulement va à Montereau. Le reste va aux armées faire un stage de deux mois au minimum. Tout cela est bien long. Monin de ce cours, qui était à Lyon avec nous à la 1140 est parti de Lyon le 25 avril. Il sera officier pour Noël. Ceux qui vont aux armées le seront en mars et après aussi. Quelle tension nerveuse, attendre si longtemps !
Aujourd’hui nous avons eu école toute la journée en automobile. Nous avons vu une biche qui courrait devant l’auto et au moins 25 faisans ensemble se promenant dans un champ en bordure d’un grand bois en Sologne.
Je te remercie de toutes tes lettres qui m’ont fait grand plaisir. Les lettres et le journal voilà bien mes seules distractions. Il est vrai que je n’ai pas beaucoup de loisirs.
Au revoir, bien chère Alice, de gros baisers aux enfants.
Je t’embrasse bien ainsi que tous à la maison.
Lucien
Lettre du samedi 28 septembre 1918


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