Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du samedi 16 janvier 1915
Pernes, lundi 18 janvier 1915
Lund soir
15 kilomètres au Nord-Est de Saint Pol

Ma très chère Amie,

Nous voilà enfin à l’étape finale depuis hier soir. Nous sommes ici dans un centre de ravitaillement pour Arras, Béthune, la Bassée. J’ai installé ma cuisine dans une maison abandonnée où je suis très bien. Je ne marcherai plus avec le convoi, à moins de changement définitif. Le bureau et la cuisine restent sur place et les camions font la navette du front jusqu’ici. Toujours beaucoup de succès en cuisine. Je fais cuire mes légumes dans du bouillon gras et j’accommode au jus de viande. On se régale.

Temps affreux. Vent de la mer, très froid, pluie et neige, fondue aussitôt. Routes en très bon état, constamment entretenues par des territoriaux et des prisonniers allemands. Grands mouvements de troupes. Artillerie, autobus monstrueux, remplis d’infanterie, cavalerie, troupes anglaises, indoues, se croisent constamment sur les routes. Des patrouilles, des postes armés gardent partout les passages ; des camps, des tranchées neuves, l’appareil militaire, partout.

Nous autres, de l’auto, sommes les heureux et moi le plus privilégié de ces heureux. Je suis au moins au sec et au chaud. Mais j’ai bien à faire et je ne t’écrirai pas souvent de longues lettres. Je n’ai encore rien reçu de toi. As-tu reçu quelques-unes de mes cartes ? Cette lettre est la deuxième que je t’écris. Comment vas-tu ? Tu me l’écriras bien en détail. Tu m’enverras les photos de la petite et toi. Planche te les avait renvoyées. L’officier me dit que craignant que Lyon me fasse des difficultés, il m’avait envoyé une deuxième dépêche, l’as-tu reçue ? Je suis en très bonne santé.

En attendant de tes chères nouvelles, reçois, chère Alice, mes bien affectueux baisers. Embrasse bien pour moi la petite et tes bons parents.

Ton mari qui pense à toi,

Lucien
Lettre du mercredi 20 janvier 1915


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