Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du dimanche 21 février 1915
Framecourt, lundi 22 février 1915

Ma chère Alice,

J'ai reçu ce matin tes 23 et 24ème lettres. Je les attendais avec impatience, comme tu as pu le voir dans mes précédentes lettres. Il n'y a encore rien de nouveau. Je comptais bien selon ta 22ème lettre que ce serait proche. Il se passe tant de temps entre le départ d'une lettre et l'arrivée de sa réponse que bien des événements ont le temps d'arriver entre temps. La lettre 23 est du 17, la 24 du 19, je les ai reçues le 22. Ce qui fait six jours pour l'une et quatre pour l'autre.

Nous sommes toujours au repos ; rien par conséquent de nouveau à te raconter. Je trouve cette inaction assez singulière. Je crois que tu n'as pas dû recevoir ma première carte de Belgique "en campagne". J'étais à Abelée et tu ne m'as pas parlé de ce qui avait dessus. C'était vers le 31 janvier. Nous sommes allés à Watou ce jour-là et sommes revenus coucher à Abelée, ville frontière mi-belge, mi-française. Cette carte portait : Belgique comme lieu de départ. Cherche bien si tu l'as. Je tiens pour plus tard à ce que tu me comprennes...

Dans ce deuxième voyage, nous avons encore passé à Watou. Nous avons couché à Popernighe et nous sommes repassés le lendemain à Abelée en revenant. Nous avons ensuite passé à Stenwoorde, Hazebrouck, Lillers, Pennes et Saint-Pol, où je suis resté. Les camions chargés ont filé plus loin et sont revenus dans la soirée. Pendant ce temps, je faisais la soupe.

Tu ne me dis rien des réformés. Tu as vu que les classes 1900 à 1910 sont toutes appelées en fait de réformés devenus bons. Ecris-moi un peu ceux qui partent.

J'attends toujours avec impatience de savoir le résultat. C'est ma pensée dominante et je ne reprendrai toute ma liberté d'esprit que quand j'aurais enfin reçu.

Remercie bien pour moi tes bons parents pour les bons soins qu'ils te donnent et reçois bien, chère Alice, mes plus affectueux baisers ainsi que tous à la maison. Merci bien de la violette, doux souvenir.

Merci bien du papier que tu m'envoies. C'est un bon moyen de m'en procurer sans frais de port.
Lucien
Lettre du lundi 22 février 1915


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